Inspiré d'un texte de mon ami Simon, présentement en visite à Florence, voici le début de mon propre hymne à Winnipeg.
Winnipeg. On se demande rapidement si cette ville ne possède pas plus d'autoroutes que d'habitants. Comment ne pas trouver saisissant cet étalage de béton, de rails, de feu de circulation, de semi-remorques et d'automobiles qui défilent à toute vitesse et avec tous leurs décibels. Il y a aussi évidemment les innombrables autochtones amochés, qui dorment à l'ombre d'immenses centres d'achats. Ici un jeune qui sniffe de la colle, plus loin une adolescente et ses trois enfants, qui s'en retourne en autobus vers un chez elle que l'on devine moins que glorieux. La violence de la pauvreté est partout, côte à côte avec la violence de la culture de l'automobile, qui a haché la ville en une multitude de pochette d'urbanité prise entre les voies rapides et les nombreux rails de chemin de fer.
Envers et contre toute cette urbanité malade, les Manitobain-es, francophones et anglophones, sauvent la mise. Souriantes et amicales, ouvertes aux autres, elles me donnent raison d'être venue ici. Les francophones sont bavardes, attachées à leur St-Boniface natal et à leurs familles, et surpennament catholiques. Très jeunes, elles veulent se marier ou l'ont déjà fait, avec des "bons garçons" de la place, à la cathédrale de St-Boniface. Les anglophones sont moins religieuses, d'origines d'une diversité surpennante, et veulent toutes s'en aller au plus vite, mais pensent bien revenir plus tard, un jour, quand viendra le temps d'avoir une famille ou de s'établir. La relation avec Winnipeg en est une d'amour-haine, un attachement aux coins agréables de la ville, à son échelle et aux réseaux d'amis qui se recoupent tous, au paysage de la Prairie - mais d'un autre côté il y a les horizons limités par la taille de la ville et de la province, l'envie de découvrir autre chose et d'être avec des gens différents, de découvrir tout ce qu'une personne peut devenir avec la liberté de la grande ville.
J'ai décidé que j'aime bien Winnipeg, lorsqu'il n'y a personne dans la ville. Autrement dit, après 18h00 le soir. Les rues sont alors belles et larges, et en vélo je peux prendre le temps de regarder autour de moi sans avoir peur de me faire tuer par une semi-remorque sur ces rues sans aucun accotement. Profiter de l'air doux, des abords de la rivière rouge, des rues vides - oui, il y a moyen d'apprécier cette ville.
Saturday, June 03, 2006
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