Sunday, June 04, 2006

Un peu d'histoire: la traite des fourrures

Bon, on va pas être guide touristique pour rien, et comme certaines font des commentaires historiques intelligents je vais devoir étaler mes savoirs nouvellement acquis sur l'histoire de l'Ouest et de St-Boniface. Je vous sers donc quelques extraits de ma mirobolante tournée guidée.

PARTIE I - L'ÈRE DE LA TRAITE DES FOURRURES

Pendant longtemps, les territoires à l’Ouest de l’Ontario sont considérés comme:
a) des réserves d’animaux à fourrures
b) un obstacle pour arriver à la mer qui mène à l’Asie, l’objectif des explorateurs aux 17e et 18e siècle.

Pendant longtemps, cette perception empêchera l'établissement de populations d'origine européenne à l'Ouest de l'Ontario. Ce sont deux Français, Radisson et des Groseillers (1660), qui « découvrent » l’Ouest et l’accès à la mer par la Baie d’Hudson. Cette découverte signifie qu'il est possible d'accéder à l'intérieur des terres d'Amérique directement par la mer, sans se taper tout le voyage par les Grands Lacs et les rivières. La France, toutefois, n’est pas intéressée et veut concentrer sa colonie autour du St-Laurent. Les deux explorateurs vont voir le roi d’Angleterre, qui saute sur l’occasion.

Après un premier voyage réussi en 1668, sur le navire Nonsuch, c’est en 1670 que la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) est fondée officiellement. La CBH obtient, par sa chartre, un pouvoir complet sur un territoire très étendu (presque 4 millions km2 ) la Terre de Rupert (ci-bas en rose), qui voisine à cette époque la Nouvelle-France.

Un système s’installe, qui va durer longtemps. La CBH établit des postes de traite, où ses représentants achètent des peaux des chasseurs autochtones au printemps et à l’automne. Les chasseurs sont payés par différents objets et par de l’alcool.

Évidemment, il y avait très peu de femmes européennes ou canadiennes qui participaient à la traite des fourrures. Souvent, les coureurs des bois canadiens s’établissent avec des femmes autochtones pendant leur séjour; au-delà de l’amour, il était presque essentiel pour les voyageurs de bénéficier des longues heures de travail d’une femme pour entretenir un foyer et les aider avec les tâches reliées à la traite des fourrures. Les autochtones connaissaient la terre, ses ressources et ses dangers; elles enduraient depuis toujours la chaleur écrasante de l'été, les nuages de moustiques et de sauterelles, et le froid glacial de l'hiver. Les alliances avec des femmes autochtones étaient aussi stratégiques, parce qu’elles créaient des liens avec les clans et les tribus, ce qui facilitait la traite des fourrures. Les descendants de ces couples formeront le peuple Métis, dont la culture est distincte à la fois de celle des Blancs et de celle des autochtones « purs ».


Changement important : suite à la conquête de la Nouvelle-France en 1760, des marchands Anglais s’installent à Montréal, et s’investissent immédiatement dans la traite des fourrures. Alors que les Français n’avaient jamais vraiment fait compétition à la CBH, les marchands Montréalais forment, en 1784, la Compagnie du Nord-Ouest (CNO). Celle-ci emprunte une route différente, par les Grands Lacs, et entre dans une guerre commerciale avec la CBH. Cette guerre prendra fin en 1821 lorsque les deux compagnies se fusionnent.

L’exception au mode de vie de la traite des fourrures se trouve dans les efforts d’un écossais, Lord Selkirk, d’établir une colonie agricole dans les territoires de l’Ouest, près de l'établissement de Rivière Rouge (pré-Winnipeg). Il y voyait une manière de soulager les misères des paysans sans-terres de son Écosse natale, et aussi de fournir localement la nourriture dont les voyageurs avaient besoin. Les compagnies résistèrent avec force à cette colonisation, dans laquelle ils voyaient une menace à leur monopole et à leur pouvoir. Dans les premiers 15 ans de leur établissement dans les Prairies, ces colons ont vu leurs maisons et leurs fermes brûlées pas moins de 4 fois par les soldats de la CBH.

C’est toutefois dans cette tentative de colonisation que l’on trouve les origines de St-Boniface. C’est Lord Selkirk qui a demandé à l’Église catholique de Québec, en 1818, de faire venir un prêtre pour les habitants Métis de Rivière Rouge et pour les soldats du régiment De Meurons, des soldats européens engagés pour protéger les colons écossais. Le père Provencher, qui va par la suite devenir le premier évêque, est donc arrivé, et a consacré la première chapelle à St-Boniface, créant par cet acte la paroisse de St-Boniface.

Le sympathique Monseigneur Provencher:



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