Tuesday, June 27, 2006

Violences sexuelles en Afrique... et ici

Pour continuer dans la série "Cheer up! The worst is happenning to someone else", voici un article de Charlene Smith, publié dans le Monde Diplomatique (dont tous les contenus hautement intelligent sont disponibles gratuitement en ligne, by the way). L'article fait le point sur l'ampleur des violences sexuelles dans les pays d'Afrique australe affectés par le VIH/Sida, mais souligne fort à propos que ce n'est pas si différent par chez nous...

L'article:
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/SMITH/12833

Extraits:

"De nombreuses recherches soulignent que les auteurs de ces viols collectifs ne tirent pas leur plaisir de l’acte sexuel en soi, mais du fait de se voir les uns les autres. Une attitude qui pourrait être liée aux sociétés ayant connu de graves conflits. Rien, en tout cas, d’une spécificité sud-africaine : sur la liste de discussion de l’OMS consacrée aux violences sexuelles, Luke Bearup – qui travaille pour l’association Gender and Development for Cambodia (GAD/C) – écrivait, en juillet 2004 : « Il y a au Cambodge un problème lié au caractère normatif de la participation aux viols en réunion des jeunes citadins issus des classes moyennes et aisées (souvent des lycéens ou des étudiants). [Ils] ne voient pas, ou à peine, ce qu’ils font de mal ; ils n’ont pas de réticences à évoquer leur participation. (...) Pour eux, la masculinité se confond avec la fréquence de l’activité sexuelle. Ils se prennent une fille, l’emmènent dans une pension, ensuite leurs amis les rejoignent (ou sortent de leur cachette), et ensemble ils violent la fille. » Cette conduite est similaire à celle qu’on appelle, en Afrique du Sud, le jack-rolling, où une femme ayant refusé les avances d’un homme se voit « punie » par le viol collectif qu’il lui inflige avec ses amis."

"De tous les crimes et délits à l’échelle de la planète, l’agression sexuelle est non seulement celui qui augmente le plus rapidement, mais aussi celui pour lequel les auteurs risquent le moins d’être poursuivis. Selon Mme Thoko Majokweni, responsable du service des agressions sexuelles rattaché au bureau du procureur, les viols représentent la moitié des cas jugés par les tribunaux sud-africains – la proportion atteint 60 % dans les villes de Durban et de Mdantsane, au bord de l’océan Indien. En revanche, le taux de condamnation pour viol plafonne, selon les chiffres officiels, à 7 % – un peu mieux qu’au Royaume-Uni (5 %)."

"La violence sexuelle est devenue si « normale », les violeurs et autres agresseurs ont tellement bonne conscience qu’il est extrêmement difficile – et d’autant plus important – de combattre ces attitudes. Il est trop aisé de dénoncer les viols commis en temps de guerre et d’oublier que la majorité des agressions sexuelles est perpétrée quotidiennement dans des sociétés qui, pour la plupart, vivent en paix. Trop facile aussi de se focaliser sur les cas extrêmes, comme ces fanatiques qui violent des lesbiennes pour les « guérir », car cela permet d’oublier le nombre ahurissant de pères de famille qui violent leurs propres enfants..."

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